Dominique Ouattara a créé un groupe immobilier et racheté les salons Jacques Dessange aux États-Unis, puis est devenue il y a trois ans la Première Dame de Côte d'ivoire. Aujourd’hui, elle se consacre principalement à sa Fondation Children of Africa.


Elle a fait de son sourire, son arme de prédilection et une protection commode, aussi. Etant Première Dame de Côte d'ivoire, Dominique Ouattara peut affirmer qu’elle n'a pas toujours vu la vie en rose puisqu’avant de devenir l'épouse d'Alassane Ouattara, elle a en effet connu des hauts et des bas, ainsi que d’autres vies.

Être devenue Première Dame de Côte d'ivoire et «femme de» n'est pas un aboutissement pour elle mais plutôt un pas de côté dans une vie professionnelle qu'elle avait jusqu'alors menée au pas de course. Dans le salon de sa résidence d'Abidjan (le couple n'habite pas au palais présidentiel), Dominique Ouattara sourit donc, comme sur tous ses clichés, mais elle est sur ses gardes et reste toujours méfiante. La voix douce mais le regard déterminé, elle craint d'être épinglée comme elle l'a été dans son passé d'ancienne chef d'entreprise, de française, de blanche et de catholique. C’est surtout difficile d’être la  «femme de» dans un monde politique où l'on cherche souvent à piquer celle qui est derrière le «grand homme». Alassane Ouattara serait-il devenu président de la République de Côte d'ivoire sans elle ? «Je crois qu'Alassane a un destin et je l'ai accompagné sur cette route», affirme-t-elle. Malgré ses dires, son rôle a été fondamental car lorsqu'on a voulu atteindre son mari, on a voulu l’atteindre aussi. «Les adversaires d'Alassane trouvaient que je lui donnais de la force, ils ont donc essayé de me démolir sur le plan moral, de me salir. Ils m'ont fait suivre», relate-t-elle. Dominique Ouattara ne s'étend pas mais affirme que «la politique est un monde dur.


«Elle a beaucoup souffert de tout ce qui leur est arrivé, des journalistes aussi», confirme Elisabeth Gandon qui l'a remplacée à la tête de son groupe immobilier AICI et la connaît depuis vingt ans. En effet, Dominique Ouattara a connu avec son mari des périodes agitées quand, en 2010, alors que le Président Gbagbo refusait d'admettre l'élection de son rival, le couple et le gouvernement ont dû passer sept mois en captivité à l'Hôtel du Golf, à Abidjan. «On était enfermés, avec les orgues de Staline constamment sur nous. On se demandait si on allait en ressortir», se souvient-elle, évoquant cette période de guerre civile. De plus, en 2002, les Ouattara avaient failli être assassinés et avaient dû quitter leur maison assaillie par les chars des forces de sécurité proches du président Gbagbo. Ils avaient trouvé refuge à la résidence de France, des semaines durant, avant d'être exfiltrés par hélicoptère.

«Une fonceuse»

Le genre d'épreuves qui forgent un caractère. Et un couple. Alors, aujourd'hui, quand on évoque les attaques, les insinuations désobligeantes dont elle est encore parfois l'objet, elle prend sur elle. Et se tient soigneusement à l'écart de tout ce qui est politique. «Alassane connaît mon caractère, il ne m'impose pas de l'accompagner où je n'ai pas ma place». Du caractère, la dame en a, c'est clair. «C'est une fonceuse, elle n'a pas froid aux yeux», souffle admiratif un banquier qui la connaît. Et même si elle évoque souvent «son cher époux», elle n'a vraiment rien d'une potiche. C'est d'ailleurs ce qui a plu à son présidentiel mari. «Quand Alassane m'a rencontrée, il a aimé le côté femmes d'affaires, indépendante». Dominique Ouattara est une réelle femme d’affaire car elle a fait de la petite agence immobilière de deux personnes, rachetée à Abidjan, en 1979, un « groupe qui emploie aujourd'hui deux cents personnes » et est la première agence immobilière d'Afrique, implantée également à Paris et à Cannes. Elle a également racheté le groupe Dessange aux États-Unis, en 1996, puis le groupe Radio Nostalgie, en Afrique.

Aujourd'hui, Dominique Ouattara, Première Dame de Côte d'ivoire, a décidé de reporter toute son énergie dans sa fondation Children of Africa, créée en 1998. Une Fondation qui milite pour le bien-être des enfants vulnérables d'Afrique dans les secteurs de l'éducation, de la santé et du social. Children of Africa vient ainsi de mettre en œuvre la construction d'un hôpital spécialement dédié à la mère et à l'enfant à Bingerville. Elle était bien présente, dans un ensemble en tissu africain, à la cérémonie de la pose de la première pierre de cet hôpital, qui portera son nom, la Première Dame. Elle a écouté les hommages vibrants à « Maman Dominique», comme on l'appelle en Côte d'ivoire et notamment celui de son mari qui a dit combien il était fier de sa femme.